(modifié le 15 novembre 2015 à 23:13)

Cela faisait quelques temps que j'hésitais à écrire ce billet, depuis l'arrivée annoncée de netflix en france pour être précis.

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Et puis en découvrant ce dessin chez Commistrip... j'ai sauté sur l'occasion. Même si Commistrip a fait un bel amalgamme en mélangeant licence globale et abonnement global...

Promis, ce billet ne sera pas long, il n'a pas vocation à retracer l'histoire de la transition numérique, c'est juste un bref rappel.

Cela tombe bien puisqu'on nous dit que l'Hadopi est au top de sa forme et qu'elle remplirait même sa mission. Ahah nos chers médias sont toujours en forme !

Non mais sérieusement ?

Cela fait donc 5 ans que la Hadopi coûte des millions au contribuable, vous me direz qu'il y a bien d'autres postes de dépenses aussi peu utiles. Personne ne nie qu'il y a un problème de rémunération des artistes sur les nouveaux médias que sont les supports dématérialisés qui peuvent circuler de façon illégale. L'Hadopi était justement là pour réguler tout ça, afin que les artistes touchent enfin ce qui leur était du pour leur travail artistique.

Ah bon ? Peut-on me citer un seul artiste qui se satisfait de l'existance de l'Hadopi ?

L'époque du disque

La Hadopi est une autorité de transition qui tente de sauver le support physique, mort depuis 10 ans. Les maisons de disques continuent de s'accrocher et se plaignent de la chutes des ventes en jettant la pierre sur le piratage.

Non mais t'es sérieux là encore ? Si les ventes de CD baissent tu ne crois pas que c'est parce que plus personne n'utilise de CD ? Tout le monde est passé au baladeur à mémoire, que ce soit dans la voiture ou dans la poche. Le flac pour les puristes, le MP3 pour les autres. Pas faux !

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Je me souviens encore quand Deezer a débarqué sur la toile, à l'époque il s'appelait encore Blogmusik.net et nous étions en 2006. En avril 2007 il était obligé de fermer puisque tout le monde disait : mais c'est du piratage ! La Sacem (et d'autres) a obtenu gain de cause en s'appuyant sur la responsabilité des prestataires techniques en cas de contenu manifestement illicite telle que la LCEN le prévoit, tout comme pour Radio.blog.club, vous vous souvenez ? C'est sur cette base que l'hébergeur a procédé à la fermeture du service sur ses serveurs. Les artistes n'étaient certes pas rémunérés à l'époque.

Depuis de l'eau a coulé sous les ponts et Deezer n'est plus une bête noire. Le succès de Spotify a forcé la france à se mettre au dématérialisé légal, sans quoi cela allait être un autre service étranger qui allait canibaliser ce marché. C'est donc une fois de plus à reculons que la france saute le pas... avec des forfaits mensuels pour des écoutes illimitées. Deezer en profite pour payer son infrastructure permettant de proposer plusieurs millions de titres, sauf qu'en décentralisé ça coûte rien comme le prouve PopcornTime.

blogmusik

Sauf que le dématéralisé ne rémunère pas assez les artistes, et encore moins ceux qui ne sont pas connus puisque la rémunération est basée sur le nombre d'écoutes. Certains artistes ont alors pris une décision : quitter le navire. Coldplay, Adèle ou encore Thom York de Radiohead. S'autoproduire est la meilleure solution et Radiohead a carrément dit non aux majors. Certains artistes quittent les diffuseurs comme Spotify et Deezer parce que la rémunération sur iTunes est bien plus intéressante ! Mais il faut comprendre que le système est différent entre louer un titre sur Deezer ou l'acheter sur iTunes.

Personnellement je n'ai pas été séduit par les offres premium et la raison en est simple : je souhaite être propriétaire d'une copie du fichier pour lequel j'ai payé. Je ne vois pas l'intérêt de payer 10 ans d'abonnement pour écouter des milliers d'albums et puis le jour où le service disparaît (ou que je ne paie plus) je n'ai aucun morceau à écouter. Chacun voit la chose à sa façon, je sais que d'autres se sont fait à ce système qui leur convient, ce n'est pas mon cas.

Comment je soutiens les artistes allez-vous me dire ? C'est très simple, je me rends à un maximum de concert et je paye pour une prestation live. Quand un artiste que j'aime se déplace dans ma ville je n'hésite pas à prendre une place. Exceptés quelques têtes d'affiches comme Muse, Coldplay, U2... la plupart des places sont très abordables. Et pour l'écoute des morceaux, la plupart sont présents sur YouTube sur la chaîne officielle de chaque artiste, celle-ci étant monnétisé cela va aussi dans sa poche (enfin ça c'est quand le peering YouTube va bien).

Le cas Netflix

Ah ! venons-en à nos copains de netflix qui nous ont annoncé un réseau sympatique d'un terabit par seconde pour l'héxagone tout récemment. Tout le monde tremble chez Canalplus/Canalsat ainsi qu'au gouvernement qui tente tout pour limiter les dégâts d'un succès annoncé.

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Faisons un petit saut en arrière. Il y a dix ans nous avions principalement deux systèmes de réception de TV satellitaire en concurrence : Canalsat et TPS. Chacun tentait d'engrenger le maximum d'abonnés en proposant des offres et packs attractifs à des tarifs raisonnables.

Et puis en 2007 Canalsat avale TPS, c'est la fusion. Aurevoir la concurrence, il ne reste plus que celle des box... les box n'intéresse pas vraiment Canalsat car une partie du rendement se fait sur la location du décodeur numérique, et avec une box il n'y a rien à facturer. Cependant Canalsat n'a pas le choix que de proposer ses offres sur box, au sein d'une interface austère et pas du tout en harmonie avec celle de la box. En tout cas sur la freebox v6 l'interface Canalsat est vraiment pauvre et les fonctionnalités natives de la freebox réduites à néant (pas de PIP, pas de bouquets de chaine, pas de renumération). Si les gens veulent mieux ils n'ont qu'à prendre le décodeur Canalsat après tout. Sauf qu'en france le quadruple play est tellement implanté que ça ferait doublon d'avoir une box et un décodeur. Et merde, on est coincé !

Je vous passe le chapitre Hadopi : tout le monde pirate des films, c'est pas bon pour l'industrie du film, on ne va plus pouvoir faire de films de qualité, les gens ne vont plus au ciné. Sauf que c'est l'inverse, le cinéma connaît une progression à deux chiffres. Et merde, comment on explique ça ? Non seulement les gens piratent des films mais en plus ils ont le culot d'avoir les voir au cinéma ?

The PUR@bay

Puis la dématérialisation arrive... on commence à voir apparaître des plateformes de VOD. Pour que les gens ne téléchargent plus il suffit de leur proposer de payer le film en ligne. L'idée était bonne ! Sauf que la qualité mais surtout le contenu des plateformes de téléchargement légales laissent sérieusement à désirer, sans parler des DRM. C'est un peu comme quand TF1 ou M6 diffuse des épisodes d'une série dans le désordre, ça ne donne pas envie.

 

Ah oui mais vous comprenez tant qu'il y aura du téléchargement illégal on ne pourra pas améliorer les plateformes d'offres légales monsieur !

Ah bon ?

Et paf Netflix qui débarque en france ! Un système de diffusion illimité proposant un catalogue de films et séries pour moins de 10 euros mensuels. Une interface fonctionnelle et rapide qui fonctionnent sur consoles, ordinateur, tablette... et qui cartonne dans les pays concernés. Et puis si vous n'êtes pas content c'est sans engagement. A ce propos avez-vous déjà essayé de résilier votre abonnement Canalsat ? et c'était facile ?

La licence globale

Tout ça pour quoi ? Nous en sommes arriver à la situation paradoxale de la licence globale que le gouvernement a toujours rejeté en masse. Au lieu d'avoir des services français on reverse tous nos abonnements premium à des services étrangers, américains pour la plupart. C'est à dire qu'on paye un prestataire pour chaque type de contenu en illimité : musique, films et mêmes les livres !

A force de fermer les yeux et de prendre les gens pour des demeurés en leur faisant croire que "pirater" un film c'est comme voler un cd à la fnac... que voler du dématérialisé c'est comme voler un support physique... et bien maintenant  ça flippe grave. Les yeux fermés il faut dire que ce n'est pas facile d'anticiper non plus.

Je ne sais pas quelle est la solution parfaite pour limiter les dégâts, mais j'ai l'impression que la TV a peu évoluée depuis 30 ans sur son mode de fonctionnement et que les diffusions de contenus non passifs, comme internet, vont la pulvériser. Je pense que l'avenir n'est pas dans la diffusion passive mais dans la personnalisation suivant les goûts de celui qui regarde la TV. En bref la TV sera réduite à l'écran physique, tout le reste transitera par IP et à la demande.

commistrip

L'effet netflix ne sera pas dévastateur car de nombreuses exclusivités sont encore chez Canalsat, mais cela risque fort d'évoluer dans les prochaines années. Si j'ai un conseil à vous donner en tant qu'abonné Canalsat appelez-les pour négocier le prix de votre abonnement canalsat / canalplus. Avec leurs hausses de tarifs et la perte d'exclusivités les résiliations sont tellement nombreuses qu'ils vous feront un geste.

Pour le reste, attendons de voir combien de temps prendra Netflix pour s'imposer en france. Entre-temps Numericable nous annonce Series-Flix! Ah, ils sont fort ces gars de la comm' !